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Actualités 

180 km à pied sur les sentiers anglais - The icknield way

Journal de bord

Une marche parrainée du 7 au 17 mai 2017 au profit d'Inclusion Brabant Wallon
BE87 7512 0076 6394 - Inclusion asbl mention "Campagne n°2"

180km intro light

« Ce n’est pas ma première randonnée et comme les marins ressentent l’appel du large, pour moi, ce sont les sentiers anglais qui m’envoient leurs embruns, et l’envie irrésistible de me remettre en route. Chausser mes grosses bottines, endosser mon sac et adopter un rythme lent, une démarche régulière, tous sens en éveil pour recevoir et vivre ce qui se présentera.

En Angleterre, soutenir une cause fait partie des habitudes, que ce soit via des marches, des événements ou des « Charity shops», ces petits magasins de seconde main que l’on croise à beaucoup de coins de rue.

Cette fois, j’ai envie de faire comme eux et de défendre une cause qui me tient à cœur, en marchant pour l’asbl Inclusion Brabant Wallon. Depuis la naissance de mon fils Pierre, porteur de trisomie 21, je fais partie de cette association de parents et de personnes en situation de handicap mental dont le but est de défendre leurs intérêts et leurs droits.

Dans le Brabant Wallon, les parents, dont je fais partie, ont mis sur pied pas mal d’activités comme des groupes de paroles (pour les personnes en situation de handicap mental mais aussi pour les parents), une école d’autonomie, un groupe de loisirs, des solutions novatrices d’hébergement, l’accompagnement des familles par notre assistante sociale, …

Je connais la nécessité de ces projets mais aussi la difficulté de les financer. Je sais aussi que chacun est sollicité de toutes parts. Alors, je ferai appel à votre petite monnaie (1 ou 2 €, ou plus si affinité) pour parrainer la marche que je vais entamer.

Vous pouvez verser vos dons sur le numéro de compte BE87 7512 0076 6394 avec, comme communication "ASBL Inclusion – mention : Campagne n°2". 

Au fur et à mesure de ma progression, je vous ferai découvrir en photos cette belle région d’Angleterre et je vous partagerai mes réflexions et mes expériences sur cette page". 

Un grand merci d'avance à tous ! 

Nicole Oleffe - Bauwens

Jour 1 - Le grand départ

180km jour1 light

 Départ de la maison à 6h45. Temps un peu frisquet. Une légère brume sur le paysage. Sensation d'une espèce de liberté. Le train arrive.

Mon sac à dos et moi, on s'installe. Il est mon fidèle compagnon de voyage et il requiert mes soins et mon attention. En cours de route, il me tient bien chaud, en m’enserrant dans ses «bras » et même s’il me pèse un peu trop par moment, il me rappelle qu'il serait peut- être bien que je ralentisse un peu le rythme.

Mon sac pèse 6kg30. Avec la nourriture et 1 litre d'eau, il arrivera à 8 kg. Ce qui est juste bien pour moi. Je le prépare minutieusement en pesant chaque élément. Beaucoup sont de l’ordre du monde de Gulliver : mini dentifrice (échantillon trouvé chez le pharmacien), mini brosse a cheveux dont le dos contient un petit miroir et glissé dans son épaisseur se trouve un peigne, un sifflet qui contient à la fois une loupe, un baromètre et boussole.

Au niveau des vêtements, pas facile de se limiter dans ce qu’il faut emporter mais si le sac est trop lourd on le paye cher plus tard.

Il est 9 heures. L'Eurostar démarre. Le soleil s’est levé sur Bruxelles. 


180km jour1 tring lightArrivée à Tring fin de matinée. Le ciel est couvert. Une fête paroissiale bat son plein dans l’église. Une musique endiablée accueille les visiteurs qui sont invités à consommer sandwich ou cake avec une tasse de thé ou un bol de soupe.

 Je reste quelques temps à observer et à me laisser surprendre par ces coutumes différentes des nôtres.

 

Jour 2 - de Tring à Whipsnade

Ça commence bien : mon gsm m’éveille à 6 heures au lieu de 7 ! J’ai oublié de le régler sur l’heure locale.

180km jour2 moutons

Les fenêtres de ma chambre sont couvertes de gouttelettes, petite déception, il pleut. Je prépare donc la cape et la protection du sac.

Je sors également les plastiques qui emballeront hermétiquement mes appareils et je descends déjeuner. À ma grande surprise, en jetant coup d’œil vers la rue, je constate que les trottoirs sont secs et que le ciel est bleu ! Quelle chance, une superbe journée ensoleillée s’annonce.

180km jour2 bateauMa balade m’emmène de Tring à Whipsnade en passant par Ivanhoebeacon, une butte dont le nom aurait inspiré Walter Scott pour son « Ivanhoé ».

Ces vertes collines dominent de magnifiques champs aux teintes variées, dont un ton blanchâtre dû au calcaire. On peut d'ailleurs voir un immense lion blanc sur le flanc de Whipsnade hill !

En fin de journée, mon smartphone m’annonce que j’ai parcouru 20 km.

Mes pieds ne démentent pas la nouvelle. Un peu « dur dur », ce n’est pas le moment de rêver à l’arrivée, d’anticiper le délicieux moment où j’enlèverai mes bottines, au risque de faire poindre l’impatience !

 

 Jour 3 - De Whipsnade à Streatley 

 

180km jour3 cottageLever à 7h. J’ai dormi dans un pub, une de ces magnifiques bâtisses au toit de chaume datant du 15e siècle.

La tenancière prépare le déjeuner tout en chantonnant dans la cuisine. Je suis la seule convive ce matin. Tout en mangeant, j’admire les grosses poutres vieilles de plusieurs siècles, dont la bassesse se révèle aujourd’hui problématique : la gentille dame me confirme qu’ils sont nombreux à s’y heurter la tête !

Le temps est sec mais le ciel reste couvert.

« Macron est Président » diffuse la télévision. De l’information internationale... je retombe les pieds sur terre, le moment choisi par le droit pour se manifester. Ok, je lui mets une chaussette plus fine, histoire qu’il ait davantage de place pour se mouvoir.

Départ vers 9h. Première curiosité du trajet : « The Tree Cathedral », la cathédrale des arbres, un imposant espace recouvert de végétaux plantés, à partir de 1939, selon la disposition d’une véritable cathédrale (en l’occurrence celle de Liverpool).

L’architecte de jardin a dédié son œuvre à la mémoire de trois de ses amis tués durant la Première Guerre mondiale.

180km jour3 cathedral

Un peu de grimpette et je me retrouve sur les Dunstable Downs. Down veut dire « en bas » et, pourtant, dans ce cas, c’est bien en haut : une crête exposée au vent glacial. Un rayon de soleil aurait été le bienvenu pour raviver l’éclat du magnifique panorama qui s’offrait de ces hauteurs.

Le lieu est d’habitude propice aux planeurs mais, en cette morne matinée, ils dorment tous dans la vallée ; ce qui n’est pas le cas des nombreux promeneurs, sans doute extirpés de leurs lits par leurs chiens, aussi impatients que promeneurs confirmés.

Je me retrouve face à un terrain de golf à traverser. Un conseil : garder la bouche fermée mais les yeux grand-ouverts. Hier déjà, je me suis égarée sur l’un de ces immenses espaces dont les sentiers publics qui les traversent sont parfois introuvables lorsque la verdure se déploie en abondance. Quand on a le malheur de partir dans la mauvaise direction, on ne peut plus compter que sur la chance pour s’y retrouver. J’ai donc pris une direction et… j’ai eu de la chance !

180km jour3 fleursMon fidèle topo-guide m’avait prévenue : cette journée comprendra 14 km de traversée en agglomération, ce qui n’est jamais réjouissant pour un marcheur. Pourtant, malgré mon appréhension en lisant ces lignes, je me suis régalée ! J’ai suivi cet itinéraire détaillé à la manière de l’un de ces jeux de pistes dont je raffolais dans mon enfance. Parcourir de minuscules ruelles, admirer chaque jardinet, se pâmer devant des devantures au foisonnement de fleurs, admirer le style des façades avec leur bow-windows (logia)… de quoi occuper l’esprit, lui faire oublier que les pieds martèlent un sol toujours trop dur.

La suite de la journée fut moins réjouissante ; avec mon sens inné de l’orientation, je me suis perdue (ce n’est que la troisième fois depuis hier), me gratifiant donc d’1 km supplémentaire pour le même prix. Mais grâce à mon nouveau jouet sur lequel j’ai téléchargé une application GPS, j’ai pu lui demander « où suis-je ? »

La fin de la marche se termine par un trajet sans charme, le long d’une route à circulation dense ; une occasion de travailler mon mental pour occuper ce temps utilement : détendre les chevilles, détendre les genoux, détendre le dos...

180km jour2 chevauxJe guette impatiemment le prochain embranchement qui me mènera à mon logement quelque 2 - voire 3 - en dehors de l’itinéraire.

Et bien sûr, à l’entrée de la rue, me réjouissant d’atteindre enfin mon lieu de repos, il ne me vient pas à l’idée que celle-ci est peut-être longue : sise à l’entrée d’un petit village de campagne dont les maisons sont disposées « plic-ploc », enfouies dans la verdure et sporadiquement séparées par des champs… je ne suis pas prête d’arriver au numéro 171 !!!

Alors, faisant contre fortune bon cœur, je décide de flâner sur les dernières centaines de mètres pour transformer l’impatience en plaisir de la découverte et j’ai découvert… un délicieux petit cottage au toit de chaume ! J'adore !

 

Jour 4 - 24 km de Streatley à Letchworth (mais sûrement pas à vol d’oiseau...)

Lever à 7h.

Je suis à nouveau seule dans le pub où j’ai passé la nuit, dans le petit village de Streatley.

Aujourd’hui, j’ai voulu faire ma maligne. Je n’avais pas envie de remarcher les 3 kilomètres le long de la route pour retrouver le départ de l’Icknield way et je me suis imaginée qu’avec l’aide de mon GPS je pourrais prendre un autre chemin et rejoindre plus rapidement le parcours aux environs de la petite ville de Pirton. J’étais d’autant plus confiante qu’un poteau indiquant Icknield way trail se trouvait à la sortie du pub où j’avais passé la nuit.

180km J4 3Je savais d’après mes lectures qu’il y avait plusieurs tracés. Cela me paraissait donc tout à fait probable que ceux-ci se rejoignent quelque part. Hélas, ce trail contournait, dans les hauteurs, une grande crevasse, des champs ainsi que des bois. J’avais l'impression de faire du sur place.

Ce fut cependant un très beau trajet ; champs aux couleurs du soleil et superbe campagne à perte de vue . . . mais quelques kilomètres supplémentaires ! J’ai retrouvé une route et ne l’ai pas quittée le temps de me retrouver enfin sur le « bon » chemin !

Marcher sur les bords des chemins n’est pas le plus grand des plaisirs. En plus d imposer un sol dur ou tout à fait irrégulier aux pieds, passant du tarmac aux espaces verts, il y a le passage incessant des voitures. Certaines s’éloignent légèrement, d’autres pas du tout. Quand l’accotement est quasi inexistant, il faut s’apprêter à bondir dans la haie et quand la haie est constituée principalement d’épineux, il n’y a pas intérêt à y rester accroché (je parle d’expérience) !

180km J4 4Trainant les pieds sur les accotements, seule, comme une âme en peine (j’insiste un peu sur le côté dramatique), je fais une rencontre improbable : un genre de professeur Tournesol m’aborde en me regardant à peine, comme si il était absolument naturel de se rencontrer au bord d’une route où les voitures défilent à grande vitesse... Il me fait remarquer un nombre impressionnant de semences d’orme parsemé sur le sol. Il semble ravi de constater la reprise de vie de cette arbre victime d’une maladie de chaque côté de la Manche.

Nous conversons agréablement durant quelques minutes, nous réjouissant de cet état de choses. S’ensuit un petit échange sur l’endroit d’où je viens, où je vais puis il repart, alerte, sur le bord de cette route au bruit incessant. Je suis passée d’un monde à un autre, m’offrant un regain d’énergie.

Jour 5 - 28 km

Quelle chance de voir le soleil éclairer ma chambre au réveil ! La marche sera beaucoup plus agréable. Un bon bain, le déjeuner puis remettre tout dans le sac et ce sera reparti pour une journée.

180km jour 5 2À peine dans le bain, une alarme ! Petit instant d’incertitude. Que fait-on quand une alarme sonne ? Sortir immédiatement ? C’est ce qu’on a appris à nos jeunes de la Bienvenue mais on n’a pas envisagé la situation d’une évacuation des lieux dans le plus simple appareil… Heureusement pour moi, je n ai pas eu à en faire l’expérience.

Pas le temps de visiter la petite visite de Lechworth, qui semble être une des premières cités jardins du Hertfordshire, bâtie au début du 20e siècle, avec de larges boulevards et beaucoup de zones vertes.

Je retrouve les signes de l’Icknield way et coche consciencieusement dans mon guide chaque repère atteint, au fur et à mesure de ma progression ; ce qui m’aide bien quand je suis distraite… Soudain, paf, mon topoguide tombe par terre. Mon crayon aussi puisqu’il y est attaché. Zut, la pointe est cassée ! Comment je vais faire maintenant ? Je suis dans une rue bordée d’entreprises diverses à la sortie de la ville. Il doit bien y avoir un bureau. Qui dit bureau, dit matériel de bureau, dit taille- crayon. J’entre et aborde un jeune employé un peu surpris par ma requête. Il revient quelques instants plus tard désolé de ne pouvoir me satisfaire mais m’offrant, en retour, un autre crayon. Au même instant, je me rappelle que j’ai emporté un petit canif avec moi et que j avais complètement oublié les bonnes vieilles méthodes d’antan.

Mon crayon est à présent bien taillé et l’autre en réserve dans mon sac à dos.

180km jour 5 3À peine sur la route je croise une marcheuse, sac à dos et seule, comme moi. On fait le même chemin mais dans le sens opposé. C’est l’occasion de s’informer l’une l’ autre sur ce qui nous attend. Quand je lui dis où je vais loger ce soir, elle prend soudain un air terrifié. « N’y allez pas !! Annulez tout de suite ! » Mon sang ne fait qu’un tour. Que se passe-t-il ? Seraient-ce des gens dangereux, malhonnêtes ? Je m’imagine déjà sans logement ce soir, à devoir trouver autre chose dans l’état de fatigue dans lequel je serai ! Elle poursuit : « il fait saaaale…et la nourriture…. La saucisse…..mais les gens sont très gentils ». Ouf, me voilà rassurée, du moment que j ai un lit ! Pour la petite histoire, j’y suis au moment d’écrire ces lignes dans ce fameux logement. Je le trouve charmant et propre. Comme quoi, nos critères peuvent différer. Je ne suis pas sûre que j’aille encore demander à un marcheur qui vient d’en face ce qui m’attend un peu plus loin…

Je laisse les dernières maisons de la ville derrière moi. Le sentier commence à sinuer parmi de jolis vallons d’un vert profond. Entre les vallons, un damier de champs aux teintes variées. Des haies parcourent la crête de certaines buttes comme celle d’un Iroquois sur son crâne. Il y a sur ce sol anglais une quantité impressionnante de haies. Elles bordent les routes, les champs et les sentiers. Généralement, elles sont composées d’au moins quatre variétés de buissons parmi lesquels des épineux et des noisetiers. C’est autant un refuge qu’un garde-manger pour les oiseaux ; de quoi ravir les promeneurs qui profitent de leurs chants.

180km jour 5

180km jour 5 4Par la suite, sous un soleil radieux, j’entame la traversée de petits bois et de charmants villages. Je franchis le blason d’accueil d’une bourgade typique, planté sur un haut poteau et annonçant les caractéristiques de sa « personnalité » : son « green » (espace vert), son « pond » (mare aux canards), sa petite église, la cabine téléphonique qui - depuis la prolifération des gsm - se transforme doucement en abris pour défibrillateur et sa boite aux lettres scellée dans un mur sur laquelle on peut lire un « G » ou un « E », suivant qu' elle date de l’époque de George VI ou d’Elisabeth.

En fin de journée, mon application GPS indique 28 km, ce qui me paraît beaucoup ! Je me demande s’il n’exagère pas… Mais mes pieds sont heureux du repos du soir. Le moral est bon et je savoure la chance que j’ai de pouvoir marcher !

Je voudrais encore remercier, au nom de notre association, toutes les personnes qui continuent à me manifester leur soutien de quelque façon que ce soit.

  

Jour 6 - trajet (a priori) plus court

Aujourd'hui sera une journée plus courte qui me permettra de flâner un peu.

Dans le cœur de la petite ville de Royston sont lovés des cottages témoins de quelques siècles de vie. Certains furent acquis par James 1er qui, en route pour Londres afin d’y prendre possession du trône d’Angleterre, passa la nuit dans le bourg. Il fut tellement conquis par les possibilités de chasse qu’offrait la région qu’il y acheta des propriétés afin d’héberger sa cour pendant qu’il pistait les animaux du coin.

J’arrive au petit village de Barley après 2,5 km le long de la route, mon logement étant à nouveau hors itinéraire.
Préparer une marche me prend un certain temps. Je me fixe d’abord une limite moyenne qui convient à mon rythme et à mes capacités physiques pour que la marche reste un plaisir plutôt qu’une épreuve. Mais ce sont les possibilités de logement qui ont, finalement, le dernier mot.

180km J6Je loge volontiers chez l’habitant. L’accueil y est généralement plus chaleureux. On entre dans une maison familiale où les enfants ont quitté le nid. Des chambres se sont libérées et, pour les parents, c’est l’occasion de rencontrer des gens de passage et / ou d’arrondir leurs fins de mois. Les tenanciers sont parfois eux-mêmes des passionnés de marche. J’aime beaucoup cet accueil particulier qui, via les multiples photos accrochées aux murs, offre à mon imaginaire quelques bribes de leur histoire personnelle.

Quand j’ai le temps, je pose quelques questions et me voilà régulièrement embarquée dans leur parcours de vie. Je l’emporte avec moi, en pensées, sur les chemins anglais.

En plus des photos aux murs, la décoration est souvent agrémentée de petits objets jonchant le pied de la cheminée, les appuis de fenêtres ou encore les dessus d’armoires. Ce n’est évidemment pas le cas partout mais reste très fréquent.
Les chambres, par contre, sont aménagées avec sobriété mais n’en demeurent pas moins très coquettes.

A l’entrée de Barley, s’offre à moi un banc très accueillant où je ne manque pas de déposer ma carcasse un peu endolorie. En face de mon aire de repos se déploie un paysage à inspirer un aquarelliste : des champs qui strient l’horizon en longues bandes d’un vert se dégradant peu à peu et dont les contours sont ornés de bouquets de buissons. En arrière-plan, sur une hauteur, un moulin d’un blanc immaculé dont la verticalité répond à merveille à la petite église qui émerge plus à gauche, dans le lointain. Et pour encadrer ce beau tableau, en avant plan, de part et d'autre, des aubépines sauvages dont les longues branches couvertes de petites fleurs blanches se balancent au gré d’un léger souffle de vent.

Y a-t-il plus bel endroit pour manger mon sandwich ?

Je flâne dans Barley, mon émerveillement toujours renouvelé devant ces vieilles demeures témoignant des siècles passés et qui garderont leurs mystères pour un quidam qui ne fait que passer. Je me nourris néanmoins de leur beauté et ça, elles ne peuvent pas m’en empêcher !

Encore quelques kilomètres pour arriver Haydon, lieu de mon logement ; des distances qui me paraîtront bien longues car je m’étais imaginée être beaucoup plus proche de mon bivouac. Comme quoi, les pièges du mental…

Sue, mon hôtesse m’offre un bel accueil : quelques minutes d’échange pendant lesquelles elle exerce son français, ce qui n’est pas de tout courant parmi nos amis anglais !

Jour 7 - Nicole vs. Wild

Sue m’invite dans sa maison pour prendre le petit-déjeuner. J’ai dormi dans une annexe, juste en face. La longue table en bois foncé est dressée pour un seul convive. Chaque objet y est disposé avec soin. J’ai l’impression d’être dans un lieu d’une autre époque ; ce qui se rapproche de la vérité : lambris aux murs, cloisons dont il ne reste que les moignons et poutres vermoulues en témoignent...

Nous parlons longuement Sue et moi, entretenant avec plaisir ce lien de sympathie tout juste naissant.

Il est 10h. Je pars, pensive mais d’humeur légère, le corps reposé, les pieds en bon état. Un sentiment de bien-être m’envahit ; je tente de le savourer pleinement. On ne sait jamais « what is round the corner ».

180km J73 smallIl a plu pendant la nuit. Je m’en réjouis pour les cultivateurs. L’eau manque dans les champs et les jardins.

La marche s’avère agréable, que je suive les sentiers à travers champs ou que je longe l’orée d’un bois. La journée ne sera pas longue, j’ai donc tout le loisir de prolonger le temps, le courber à la convenance de ma promenade.
Le ciel, pourtant bien dégagé le matin, commence à s’obscurcir. C’est le moment idéal pour expérimenter ma nouvelle trouvaille.

Ce qui suit est à classer dans la rubrique « récup’ », très dans l'air du temps. J’ai dernièrement trouvé un parapluie assez neuf mais dont l’armature était cassée. J’ai récupéré sa toile transparente et en ai découpé une extrémité pour en faire une légère cape, aussi facile à replier qu’à suspendre à mon sac par un mousqueton. Je ne dois plus sortir la grande pelisse en cas de petit crachin : je sais revêtir le petit modèle sans enlever mon sac et peut donc consulter mon guide à l’abri de la pluie grâce à la transparence de la toile. Bien sûr, ce n’est pas le meilleur moyen de gagner un prix d’élégance, mais l’objectif n’est pas là !

J’approche d’une petite église installée au milieu de la verdure et aperçois un banc où il semble faire bon s’asseoir pour souffler un peu. Le soleil est en effet revenu ! Une pierre bleue couverte de mousse humidifiée par la fine bruine vient malheureusement contrecarrer mes plans, s’érige en piège implacable. Résultat : première chute ! Tout en lenteur, je précise : un pied qui glisse doucement, un genou qui touche le sol comme pour une génuflexion et mes deux mains qui atterrissent à plat un peu plus loin pour amortir le choc.

Pas de mal, mais une envie folle de rire en imaginant le spectacle !

180km J74 small

S’ensuit un agréable moment passé à déguster ma tartine en admirant les champs dans le lointain. Un soudain amoncellement de masses sombres et menaçantes dans le ciel me tire fissa de ma contemplation ! Je n’ai que quelques instants pour déménager mon barda dans le porche de l’église, entreprise réalisée juste dans les temps : la « drache » détrempe tout en quelques instants ! Quelle veine j’ai eue, je n’ai même pas dû sortir la grande cape !

Après la pluie le beau temps et je repars, réjouie et - un peu trop - confiante : je glisse encore sur cette satanée pierre bleue, mais c’est mon arrière-train qui cette fois, encaisse le choc. Je m’en sors sans mal mais avec un fou rire impossible à contrôler… Apparemment, aucun témoin.

180km J76 smallL’absence de spectateurs lors de ma cabriole me fait méditer sur la prétendue solitude du marcheur. En fait, je ne me sens jamais seule, tant la vie m’entoure et m’accompagne sur les chemins : milans royaux, pies, corneilles, faisans, écureuils, lièvres, lapins… En parlant de bêtes à grandes oreilles, je remarque qu’il y a pléthore de terriers dans ce petit chemin coincé entre un talus et des haies ; de fameux trous, même. Tellement grands qu’ils ne peuvent être l’œuvre que d’une seule espèce : des « badgers » !

Me voilà soudain confrontée à l’un des leurs, un blaireau qui me souffle dessus, la dentition agressive ! Une décharge d’adrénaline me parcourt… nous voilà tous les deux coincés dans cet étroit passage. Il ne semble pas vouloir déguerpir, alors c’est moi qui décampe courageusement. Le temps que mon rythme cardiaque s’apaise, je me remets en route d’un pas décidé, sûre que l’animal s’est enfui…..MAIS NON ! Il est toujours là, me barrant le passage ! Finalement, d’une allure nonchalante, il s’en retourne vers un énorme terrier où il rejoint un de ses congénères. Sans demander mon reste, j ai pris mes jambes à mon coup et ai poursuivi mon chemin en chantant à tue-tête et en martelant vigoureusement le sol de mes grosses bottines ; tout en lorgnant à ma gauche et à ma droite, pas très à l’aise, les signes manifestes de l’établissement d’une colonie de blaireaux en ces lieux…

J’ai atteint Great Chesterford, mon lieu de destination, en battant le record de vitesse de toutes les marches auxquelles j’ai participé (sauf peut-être la fois où j ai été poursuivie par un âne).

Je me suis ensuite affalée, couverte de transpiration, sur un banc face à la rivière Cam. Sur la berge, un somptueux cygne parade fièrement, une nichée de huit petits sous son duvet…..Ah ! Enfin une belle rencontre !

180km J77 small

 Jour 8 - sur la voie romaine

Je quitte le logement assez tard, le temps de terminer le journal de bord de la veille. Mais rien ne presse, je n’ai qu’une quinzaine de kilomètres à parcourir aujourd’hui.

Je fais un crochet pour rendre une dernière visite à la famille Cygne. Je profite du banc pour déposer mon sac, étant donné les humeurs du ciel me résous à revêtir la grande cape et en route.

Je glisse le topoguide en position ouverte dans un étui transparent qui ferme par un velcro assez difficile à ouvrir. J’ai fait de même avec le smartphone, le tout accroché à mon cou par une lanière. Et quand tout est enfin installé, que je suis correctement harnachée, la pluie s’arrête ! Typique !

Pas de rencontre « traumatisante » aujourd’hui (voir l’épisode du « badger souffleur » du septième jour). J’ai vu, au loin, un renard traverser le sentier et disparaître dans un bosquet.

180 J8 champQuelques temps plus tard, petit moment d’arrêt pour m’extasier devant la beauté d’un champ d’un brun clair contrastant avec les verts profonds de ses voisins. Un garçonnet qui gambadait en avant de sa maman me rejoint, curieux de savoir ce qui me fixe à cet endroit. « Comme c’est beau », dit-il en criant à sa jeune sœur de le rejoindre. Je suis émue. Un petit garçon qui s’émerveille de la beauté d’un champ, deux petits « bonheurs » à l’unisson.

J’ai continué à parcourir d’un pas allègre ce patchwork si bien façonné par les agriculteurs. Une trouée dans une haie bordant un champ vert tendre et j’atteins une allée verte, la voie romaine. Cette route façonnée par les envahisseurs italiens reliait Colchester (la première capitale de la Britannia de l’empereur Claude) à Godmanchester. Un panneau explicatif donne d’amples détails qu’un jeune cycliste est en train d’examiner. J’attends mon tour pour la lecture du panneau. On échange quelques mots et, à son accent, je comprends qu’il est français ! C’est aussi soudain qu’agréable de parler sa langue maternelle, si loin de chez soi. Il fait un stage à Cambridge, qui est à deux pas, et prend sa bouffée d’oxygène dans cette jolie contrée. Il me recommande la place du marché de cette ville estudiantine : un marchand y fabrique de délicieuses gaufres couvertes d’une onctueuse sauce au chocolat belge. On se souhaite bonne route.

Je ressens à nouveau mon capital d’énergie qui monte en flèche, les pieds plus légers pour franchir les trois kilomètres qu’il me reste pour atteindre Balsham… mais avec ça, j’ai oublié de lire l'histoire de la voie romaine….

Jour 9 - chevaux et nuages

Derrière les rideaux, la pluie. C’est toujours un peu difficile de se mettre en condition pour l’accepter quand elle se montre dès le lever. Mais à ma grande surprise, dès ma mise en route, le ciel se dégage !

À la sortie du village, c’est le rendez-vous des chiens qui « sortent leurs maîtres ». Je fais un bout de chemin avec une dame qui trouve très déplaisant que les propriétaires de canidés ne ramassent pas les déjections de leurs compagnons. Tout en ronchonnant, elle s’exécute pour tous les autres.

180km J9 cheminLe chemin trace à travers champs en ligne quasi-droite pendant cinq kilomètres. La distance aurait pu paraître longue et monotone, mais ce ne sera pas le cas : j’ai compté 63 chevaux sur le trajet ! Dommage que cela n’arrive qu’aujourd’hui : j’ai eu, hier, ma petite fille - qui est une grande passionnée d’équitation - au téléphone et ai dû lui annoncer que je n’avais croisé que très peu de canassons !

Voyant approcher trois cavalières, je me range prudemment sur le côté. Un des chevaux me regarde et hésite à avancer. Etait-ce la casquette qui lui fait peur ? C’est finalement mon sac à dos qui est la cause de son immobilité : il ne reconnait pas ma forme, comme me l’explique une dame juchée sur sa monture.

Elle me prévient qu’elle précède d’autres passionnés de promenades hippiques. À chaque fois que j’en croise, je m’enfonce dans les haies et leurs épines tout en craignant l’éventuel écart d’un cheval. Jamais je n’ai autant lâché de « good morning » de ma vie et jamais je n’ai autant redouté la proximité avec ces animaux que j’ai toujours admirés….. de loin.

180km J9 chevaux

Je traverse les villages de Brinkley et de Burrough green. Chacun de ces petits bourgs regorge de trésors historiques. Discrètement lovés dans une abondante verdure, comme emmitouflés, les toits de chaume émergent par ci par là de leur lointain passé. Leur charme ne cesse de me rappeler les histoires de mon enfance, les contes illustrés où apparaissaient ces chaumières… Même si, pour Hansel et Gretel ou encore le petit chaperon rouge, cela n’augurait rien de très joyeux...

Parcourant le « green » d’un de ces villages, je souris à la vue d’une vieille cabine téléphonique rouge hors d’usage qui, cette fois, n’est pas transformée en abri pour défibrillateur mais bien en bibliothèque ! Quelqu'un a eu l’ingénieuse idée d’y construire des étagères. Des livres s’y empilent. Il suffit d’ouvrir la porte pour se servir !

180km J9 cabine

Cette journée est définitivement marquée par le signe des chevaux et des nuages. D’énormes cumulus d’un blanc immaculé paraissent suspendus dans le bleu azur du ciel, prenant des formes moutonneuses à souhait. Plus près du sol, de jeunes poulains savourent la douceur du temps en se roulant dans l’herbe, à distance rassurante de leur maman. Un peu plus loin, en fin de journée, je croise un circuit hippique où une dizaine de cavaliers vêtus de rouge se lancent dans un galop rythmé.

Je pose mon sac et contemple le spectacle.

Jour 10 - petits bonheurs et porcherie

Il pleut - as usual. Lynn, mon hôtesse du jour, s’affaire à me préparer un pique-nique vue le peu de chances de trouver une épicerie en route : des fruits, un morceau de cake aux raisins, deux pistolets farcis au Cheddar, des tranches de tomates et du chutney.

À 10h, elle, son mari et d’autres personnes iront monter d’immenses tentes dans un jardin voisin, pluie ou pas pluie. Une fête aura lieu dimanche au profit de la paroisse. Lynn y vendra des fleurs et son mari des livres. Elle entrouvre la porte d’un bureau où apparaît une table couverte de divers ouvrages. Des gens les leur apportent pour la vente mais elle sait qu’ils ne partiront pas : la concurrence de l’e-book est trop forte.

Lynn est vraiment aux petits soins à mon égard. Nous parlons de nos enfants et de nos petits-enfants. Au moment du départ, elle me tend un billet de cinq livres. « C’est pour votre marche parrainée ». Je suis très émue de son geste. Encore un petit bonheur à engranger.

La grande cape verte installée sur mon dos et épousant la forme de mon sac, je commence la progression à travers un interminable défilé de sentiers parfaitement rectilignes. Ils sont tellement étroits que je nage quasi au milieu de la verdure qui émerge de chaque côté.

Par quelques trouées, j’aperçois les immenses paddocks que ces sentiers séparent. On est dans le Suffolk, région agricole par excellence et sanctuaire des chevaux anglais. J’ai à nouveau croisé des cavalières et, hélas !, je produis toujours le même effet sur leurs montures... Mais je m’enrichis d’une instruction supplémentaire : me mettre à parler, même de n’importe quoi, afin que le cheval se rende compte que je suis bien un être humain. Je ne veux pas dire par là que l’être humain se reconnaît au fait de dire n’importe quoi !

180km J9 gazeleyJe traverse ensuite Ashley, Gazeley et Kentford. Il pleuvine toujours. Avec mon rythme de marche et le poids du sac, j’ai trop chaud. La cape est trempée, dedans comme dehors. Mes pieds commencent à se plaindre. Il est temps de faire un petit arrêt. Je suis impatiente d’atteindre le village suivant et de m’abriter sous un porche. Il n’y a pas de quoi s’asseoir mais le paillasson sera toujours moins dur – et plus sec - que la pierre.

Encore une petite dizaine de kilomètres et ma journée sera terminée… Mais attention, à trop anticiper l’arrivée on finit par se démoraliser ! Par chance, je vais avoir de quoi occuper mon esprit pendant quelque temps : j’aperçois au loin des taches brunes en mouvement et une multitude de petits abris en forme de demi-cylindres renversés. Un élevage de porcs. Ils disposent d’un immense espace en plein air. Je ne sais pas ce qu’ils reçoivent comme nourriture mais, au moins, ils semblent avoir une certaine qualité de vie….avant de la terminer à l’abattoir, bien sûr !

Les cochons se comptent par centaines : je rencontre encore deux autres élevages, chacun avec sa maternité. Je n’ai pas pu m’empêcher de m’y attarder. Qu’est-ce qu’ils sont mignons ces porcelets !

180km J9 porcs

La fin de la journée se termine par deux kilomètres le long d’une route sans accotement et par la traversée d’une voie rapide à quatre bandes… brrrr ! Je me demande si, tout compte fait, je ne préfère pas les blaireaux aux bolides mécaniques…

Jour 11 - forêts et massages plantaires 

J’ai logé dans une chaumière datant du 15e siècle. Elle appartenait au Lord Mayor de Londres. Ses murs, plus tout à fait à l’équerre, sont peints en rose. Sa lourde toiture en chaume semble l’écraser au milieu de la nature qui l’entoure.

180km J11 cottage

J’ai fait un tour du village. Je marque l’arrêt devant une maison où a séjourné Alexander Fleming, prix Nobel de médecine en 1945. S’en suit un moment de réflexion quant aux effets de sa découverte... Et si on n’avait jamais découvert la pénicilline ?

Je repars sous un beau soleil, me repais de sa chaleur naissante tout en saluant quelques sympathiques chevaux bullant dans une prairie, leur petit allongé sur l’herbe.

Deux kilomètres et demi à refaire dans le sens inverse d’hier, face aux voitures qui défilent à toute vitesse. Bondir sur le côté, attendre qu’elles soient passées, redescendre prudemment du petit talus - je n’ai plus vingt ans !, reprendre joyeusement mon rythme... et voilà que surgit déjà la suivante. Je ne sais pas combien de fois j’ai levé la main pour remercier les automobilistes… J’ai l’impression d’être la Reine d’Angleterre saluant ses fidèles sujets !

Tuddenham. C’est là que je rejoins l’Icknield way. Je m’en réjouis car je vais retrouver un sentier en pleine nature, un sol plus confortable à fouler. Car je commence vraiment à « trainer la patte » : sensation de brûlure au niveau des doigts de pieds, pointe dans le dessous du talon, etc. J’essaie plusieurs choses, comme marcher sur la pointe des pieds, les pieds écartés à la manière d’un crabe ou encore tenter de penser à autre chose….

J’arrive dans une réserve naturelle. J’ai un pont à franchir, je m’y attarde quelques instants. Moment délicieux : les branches d’un saule pleureur effleurent la surface de l’eau qui frissonne sous la caresse. Le soleil y dessine des rivières de diamants.

180km J11 icklinghamJe me retrouve sur la route pour rejoindre le petit village d’Icklingham. Un banc, au pied d’une église, m’invite à m’asseoir. Il n’y a pas à dire mais les églises anglaises, quelles que soient leur confession, sont accueillantes : des bancs dans le cimetière, un porche pour s’abriter de la pluie, etc. C’est une aubaine pour les marcheurs.

À la hauteur de la deuxième église - car tout village anglais qui se respecte possède deux lieux de culte, on échappe enfin à la route en reprenant un chemin herbeux à travers prairies et champs.

Étape suivante : six kilomètres et demi de forêt, en ligne droite. Pour éviter le découragement, je pense aux aspects positifs de la chose : je ne risque pas de m’y perdre, pas besoin de consulter mon topoguide sans arrêt, j’ai du temps à accorder à mes pieds pour leur donner « un coup de main » dans l’épreuve.

Avant de pénétrer dans le bois, histoire d’être sûre de terminer l’étape, je m’accorde un soin des pieds. Je m’assieds dans l’herbe et ôte bottines et chaussettes. C’est parti pour un repos d’une demi-heure et un massage des membres endoloris. Le traitement a l’air de donner de bons résultats.

180km J11 chaussures

La forêt présente une végétation clairsemée ; beaucoup de pins qui évoquent le sud de la France. Par chance, le sol est sablonneux et c’est le bonheur pour mes pieds. Six kilomètres et demi, ça semble long (proche de deux heures) et c’est la tête qui doit faire le travail : calmer l’impatience, ne pas laisser voyager l’imagination, occuper l’esprit à rechercher les jolies choses… au loin, un troupeau de daims traverse le chemin avec élégance. Deuxième cadeau dans cet immense espace de solitude : croiser un autre marcheur. Quelques mots échangés et c’est l’énergie qui revient.

180km J11 pins

Cette forêt a une fin…et une suite un peu inattendue : encore deux kilomètres et demi de route pour atteindre mon logement.

Je dégaine alors les bonnes vieilles méthodes pour tenir bon : « un kilomètre à pied, ça use, ça use… » Merci à retardement aux colonies de vacances, je comprends mieux maintenant !

Jour 12 - vers le bout du chemin... 

Je termine The icknield way par une marche de 5 kilomètres en bord de route, sous la pluie. Par bonheur, un sentier en tarmac et une bande de verdure me séparent des « bolides ». À ma droite, une zone de broussailles, l’habitat privilégié de la faune locale. Des bouquets de fleurs des champs bordent mon parcours.

180km J11 fleurs

Une nouvelle rencontre va, quelques temps, accaparer mon esprit : la pluie a favorisé la sortie des escargots ! Ils arborent de jolies couleurs et il n’y en a pas deux pareils. Un de mes petits-fils s’est pris de passion pour ces petits êtres qui portent leur maison sur le dos.

180km J11 escargotsVu mon sac et ma lenteur, nous présentons une certaine similitude… J’entreprends d’en photographier quelques-uns. La manœuvre n’est pas de tout repos ; s’accroupir avec mon excédent de poids (je parle de mon chargement, bien sûr) et surtout… se relever.

Après les escargots, c’est un jeune faisan qui a capté toute mon attention. Il poussait des cris tout en guettant les alentours. Puis le criaillement d’un adulte se fait entendre et le jeune parait rassuré.

Soudain, une odeur de bête morte se fait sentir. Je commence à en avoir l’habitude. La puanteur est tellement forte que je m’attends à tomber sur une imposante carcasse. Une forme bouge dans les fourrés, c’est un faon ! Est-ce que sa maman serait morte ? Il bouge mais ne s’enfuit pas. Mes yeux furètent de gauche à droite et je la vois enfin, la bête. Sa mâchoire est ouverte et sa dentition me rappelle quelque chose de familier : ce n’est pas une biche mais un blaireau ! Il n’a, comme beaucoup d’autres espèces, pas échappé à ce piège mortel qu’est la route : j’ai également croisé un renard, un daim, des faisans, des oiseaux, des lièvres et des lapins fauchés par les voitures.

Thetford s’annonce par un panneau routier. Je sens l’arrivée proche bien qu’il me reste encore trois kilomètres à parcourir pour atteindre le centre de la petite ville.

180km J11 thetford

Après un petit tour pour repérer les lieux, il ne me reste plus qu’à reprendre le train pour le retour. Je ferai un arrêt d’un jour à Ely, bourgade célèbre pour sa cathédrale et l’un de ses habitants, Oliver Cromwell.

Pour conclure...

C’est toujours un peu difficile pour moi de terminer une marche, je continuerais bien volontiers à déambuler sur les chemins anglais.

Ça devient une habitude de vie, un rythme quasiment immuable : se lever, ranger le sac, se le remettre au dos, se replonger dans la nature, prendre conscience et écouter son corps - ce formidable véhicule, se fondre dans le paysage, entrer en symbiose avec ce qui m’entoure.

Ce genre de marche m’aide à faire le vide, à évacuer les soucis et à me concentrer – pour mieux l’apprécier - sur le moment présent.

Cette démarche est d'ailleurs indispensable, je me dois d’être aux aguets : lire le guide ou la carte, repérer les balises – quand il y en a, chercher à m’orienter, être attentive aux moindres gênes – aux pieds, aux épaules, au dos et j’en passe - pour ne pas laisser s’installer la douleur. Cette conscience aigüe m’aide à découvrir quelle est la part d’inconfort liée à des crispations inconscientes sur lesquelles, lorsqu’elles sont détectées, on peut agir.

Je ne peux pas éluder ce fameux mental, ces pensées qui ont un puissant pouvoir, celui de me plonger dans un état ou dans un autre. Les longues heures de marche, seule, me permettent de faire ces découvertes et de m’exercer. Le plus difficile, c’est de ne pas les oublier et de les appliquer dans mon quotidien… C’est précisément ce que j’oublie trop souvent de faire...

Marcher me permet aussi de cultiver la quête des belles choses, de prendre l’habitude d’attraper – et garder – les petits bonheurs qu’offre le quotidien. C’est toute cette énergie qui m’aide à avancer, pas à pas, dans la vie de tous les jours.

Enfin, encore un immense merci pour votre soutien, qu’il soit moral ou financier. Ce sont vos généreux dons qui permettront à tous ces jeunes « extraordinaires » de poursuivre leurs projets, vos encouragements qui nous aideront à les accompagner dans leur vie en essayant que, petit à petit, ils nous guident vers le chemin qu’ils ont choisi…

Au plaisir de vous croiser, un jour, au détour d’un chemin de promenade,

Nicole

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